L'ASTHME ET SON TRAITEMENT
PAR LES MEDICAMENTS DE SYNTHESE,
LES PLANTES MEDICINALES ET LES HUILES ESSENTIELLES
Partie II

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UTILISATIONS DES PLANTES MEDICINALES ET DES HUILES ESSENTIELLES
DANS LE TRAITEMENT DE L'ASTHME

La crise d'asthme n'est pas du ressort de la phytothérapie.
Les béta-2 agonistes ou les nouveaux antileucotriènes, rapides et efficaces, n'ont pas d'équivalents en phytothérapie.
Rappelons qu'il y a quelques dizaines d'années on utilisait de la poudre de datura, ou des cigarettes en contenant pour soigner la crise d'asthme.

Par contre les plantes médicinales et les huiles essentielles sont d'une grande utilité pour contrôler l'évolution de la maladie asthmatique (traitement de fond) :

HUILES ESSENTIELLES ET ASTHME

Comme nous l'avons vu, les infections respiratoires sont très souvent responsables du déclenchement de crises d'asthme quand le terrain est propice. La restriction de l'air et l'encombrement des voies aériennes vont retarder la guérison.
Il est donc fondamental de prévenir ces infections (virales et bactériennes) et d'aider l’organisme à lutter contre elles.
Pour ce faire les huiles essentielles sont très précieuses.

Ce sont des antiseptiques naturels

Huiles essentielles d'Eucalyptus globulus,
d'Eucalyptus radiata (préférée pour les enfants),
de Melaleuca viridiflora ou Niaouli

Par voie buccale : 2 à 3 gouttes, 3 à 4 fois par jour, agréable au goût et peu toxique

Par voie externe : attention dans de rares cas l'asthme peut être majoré par "l'odeur" des huiles essentielles.

Huile essentielle de Pinus sylvestris ou pin sylvestre (aiguille et bourgeons)

Attention à l'étiquetage car de nombreux extraits étiquetés "essence de pin " sont des sous-produits industriels (scieries, pâte à papier) qui n'ont rien à voi, sinon un peu l'odeu, avec l'huile essentielle de feuilles (aiguilles) ou de bourgeons de pin.

Par voie buccale : 2 gouttes 3 à 4 fois par jour Par voie externe en inhalation plusieurs fois par jour.

Huiles essentielles de thym et de sarriette

Thymus vulgaris, ou thym à thymol ou carvacrol et Satureja (ou Satureia) montana, la sarriette des montagnes.
Ces deux huiles essentielles contiennent de puissants antibactériens qui facilitent aussi l'expectoration, mais qui peuvent provoquer chez certaines personnes des brûlures digestives.

Par voie buccale : 2 à 3 gouttes 3 fois par jour
Par voie externe : en inhalation mais pas en application cutanée car c'est une huile essentielle irritante pour la peau. Là aussi se méfier du risque de bronchospasme chez l'enfant.

PLANTES ANTI-ALLERGIQUES ET ANTI-INFLAMMATOIRES

Ribes nigrum


En France, et avec l'expérience des phytothérapeutes de l'école de Biothérapie depuis les années 60, on préconise le cassis, Ribes nigrum, en gemmothérapie.
Ces extraits de bourgeons de cassis sont anti-inflammatoires, possèdent un effet thérapeutique qui rappelle celui des corticoïdes, mais sans en avoir les effets secondaires.
On peut les utiliser au long cours par cure de plusieurs semaines aussi bien chez l'enfant que l'adulte. Ribes nigrum bourgeons macération glycérinée 1 D : 50 à 100 gouttes par jour reparties en 2 à 3 fois

Zingiber officinale

Le gingembre, très employé en phytothérapie aux Indes, l'est beaucoup moins en France.
Il possède entre autres un pouvoir anti-inflammatoire.
Des essais cliniques ont montré qu'un extrait hydroalcoolique standardisé pouvait améliorer les performances respiratoires des personnes présentant un asthme modéré.

Teinture alcoolique de gingembre : équivalant à 1 g de rhizome en 4 prises.
Thé de gingembre : 1 à 2 cuillerées à café de gingembre râpé dans 1/2 litre d'eau très chaude, laisser infuser une dizaine de minutes, le récipient couvert : une tasse 3 à 4 fois par jour.
On peut aussi utiliser le jus de gingembre directement dans la boisson ou sous forme de sirop.
Tout le monde ne supporte pas le gingembre qui peut provoquer une irritation gastrique.

Rubus suavissimus

La ronce sucrée de Chine possède des propriétés pharmacologiques intéressantes. Elle est anti-inflammatoire par son contenu en tanins médicinaux, et l'expérience a prouvé qu'elle était antiallergique, donc utile pour soigner l'asthme quand la composante allergique est importante.
Rubus suavissimus est une plante buissonnante que l'on trouve entre autres dans les provinces Chinoises du Guang Xi, du Guizhou et le Nord du Guang Dong.
Le goût sucré des feuilles est du principalement à la présence d'un hétéroside, le ruboside ou rubusoside. Le ruboside ou rubusoside est 200 à 300 fois plus sucrant que le saccharose (sucre ordinaire), mais apporte très peu de calories, à la manière du stévioside extrait de l'herbe sucrée du Paraguay (Stevia rebaudiana).
L'extrait aqueux de Rubus suavissimus n'est pas que sucrant, il aussi anti-allergique (utilisé comme tel au Japon), l'expérience montre que c'est un antihistaminique mais qu'il n'a pas d'effet sur la synthèse des prostaglandines E2.
Les Chinois utilisent surtout les feuilles de Rubus suavissimus pour faire un thé sucré, chacun trouve la bonne proportion de feuilles et d'eau chaude. Si l'on augmente la quantité de feuilles, ou si l'on boit beaucoup de ce thé, le contenu en tanin peut induire de la constipation.


Tylophora asthmatica

Tylophora asthmatica (ou indica) (Asclepiadaceae) est une plante grimpante originaire du sud-est de l'Inde.
C'est une plante toxique qui contient des alcaloïdes dont la tylophorine.
Elle fait partie de la pharmacopée indienne depuis longtemps et en utilisée par les médecins ayurvédiques.
C'est un émétique qui possède des propriétés anti-inflammatoires et anti-allergiques. On l'utilise traditionnellement aux Indes pour soigner l'asthme, certaines manifestations allergiques ainsi que des troubles digestifs et articulaires.

Une étude récente a montré qu'un extrait alcoolique de Tylophora asthmatica augmentait l'activité cortico-surrénale (l'excrétion de corticoïdes naturels dans le sang), ce qui expliquerait son pouvoir anti-inflammatoire.
Cette plante n'est pas commercialisée en Europe à cause de sa toxicité potentielle et de l'absence d'études pharmacologiques. Au moins une licence mondiale d'utilisation a été déposée en 2005 ((WO/2006/003676) a novel method to inhibit inflammation and tumor growth by tylophora alkaloids). Les auteurs suggèrent, dans le cas de l'asthme, un dosage de 160 à 600 microgrammes d’alcaloïdes (dans un rapport de 2 quantités de tylophorine pour 1 quantité de tylophorinine, pour 2 quantités de la tylophorinidine).
Le dosage typique de feuilles sèches pour soigner l'asthme aux Indes : 200 à 400 mg en deux prises (soit environ 1/2 à 1 feuille par jour).

Petasides Hybridus

Cette asteraceae, vivace par son volumineux rhizome, est originaire d'Europe et d'Asie (maintenant présente en Amérique du Nord), elle préfère les zones humides, bords de rivière, terrains un peu marécageux. Elle possède de très longues feuilles (jusqu’à 1 m) qui rappellent un peu celles de la rhubarbe et une inflorescence rougeâtre qui apparaît avant les feuilles à la fin de l'hiver.
Elle ne fait pas partie de la pharmacopée française bien qu'elle ait été employée depuis l'antiquité comme plante médicinale. La plante entière (rhizome et feuilles) contient des sesquiterpènes (pétasine et isopétasine) qui sont antispasmodiques et anti-inflammatoires notamment en bloquant la synthèse des leucotriènes.
Malheureusement la plante contient aussi des alcaloïdes toxiques (pour le parenchyme hépatique) et peut-être carcinogènes.
Au moins un brevet a été déposé pour l'élaboration d'un extrait de Petasides hybridus contenant les sesquiterpènes mais débarrassé des alcaloïdes (extrait de rhizome). Cet extrait a déjà été testé avec succès pour le traitement de la migraine.
Une étude clinique a montré que ces extraits de Petasides amélioraient la capacité respiratoire des asthmatiques et réduisaient le nombre de crises de façon notable sans effets secondaires. Un médicament allemand, disponible aussi au USA (Petadolex) et en Suisse (Dolomed), est standardisé en pétasine et isopétasine. La posologie proposée est, chez l'adulte, de 50 à 100 mg d'extrait, deux fois par jour. Ce médicament est récent ; ses contre-indications et interactions avec d'autres médicaments ne sont pas encore bien déterminées.

Plantago major

La teinture-mère est appréciée par la majorité des phytothérapeutes pour son pouvoir (faible mais sans toxicité) anti-inflammatoire et anti-allergique : 30 à 60 gouttes par jour

Résine de Boswellia sp.

Plusieurs espèces d'arbres du genre Boswellia, originaires du nord-est de l’Afrique et de l'Arabie, produisent une résine parfumée, l'encens ou oliban, qui possède des propriétés médicinales : antiseptique, antalgique, anti-inflammatoire.
Une étude clinique de 1998 a montré l'intérêt de l'encens pour soigner l'asthme.
300 mg d'extrait de résine, 3 fois par jour, pendant 6 semaines, ont nettement amélioré l'état des asthmatiques de l'étude. L'encens agirait comme un antileucotriène.

Garcinia mangostana

Le mangoustanier (Clusiaceae) est originaire de la région indo-malaise, c'est un arbre tropical de taille moyenne (une dizaine de mètres) au feuillage toujours vert. On le cultive pour ses fruits, rouge-violacés de 4 à 7 cm de diamètre, qui contiennent une pulpe agréablement sucrée et parfumée. L'écorce du fruit d'une espèce voisine Garcinia cambogia contient une quantité importante d'acide hydroxycitrique. Le sel de calcium (hydroxycitrate de calcium) est proposé comme complément alimentaire dans les régimes amaigrissants.
L'écorce de mangoustan est utilisée dans les médecines traditionnelles du sud-est asiatique comme anti-inflammatoire, antidiarrhéique et antiseptique. Une étude japonaise de 2002 a montré qu'un extrait hydro-alcoolique (à 40°) inhibait in vitro la synthèse de la prostaglandine E et la libération d'histamine.
L'écorce de mangoustan sera peut-être prochainement considérée comme une plante anti-allergique et anti-inflammatoire utile pour soigner l'asthme.

PLANTES ANTISPASMODIQUES ET APAISANTES

Thym, gingembre, aubépine, mélisse, lavande, eschscholtzia, hypericum, tilleul.
L'asthmatique est souvent une personne un peu angoissée, anxieuse, ayant du mal à s'endormir. L'expérience prouve qu'un hypnotique léger fait souvent diminuer la fréquence des crises d'asthme du milieu de la nuit.
Pour plus de détails sur les plantes utiles pour calmer l'anxiété et favoriser le sommeil voir : http://www.phytomania.com/insomnie.htm

CONDUITE DU TRAITEMENT

Comme nous l’avons dit un peu plus haut, le traitement de l’asthme bronchique n’est pas standardisable. Chaque asthmatique est particulier et le traitement de son asthme doit lui être adapté.

Quelques conseils :




note 1
A la base, l'asthme semble bien être due à une régulation anormale et à une mauvaise réponse de certaines classes de cellules immunitaires : les lymphocytes T (plus spécifiquement les Th2 (T helper 2)).
Ces cellules responsables de la défense de l'organisme sont capables de produire des médiateurs chimiques ou cytokines (interleukines) qui organisent la réponse immunitaire. Ces médiateurs chimiques (cytokines) stimulent, font se différencier, se grouper d'autres cellules aux capacités plus spécifiques (mastocytes, éosinophiles, basophiles, autres lymphocytes...), responsables des réactions allergiques, immunitaires, inflammatoires.
Dans l'asthme ces réactions "naturelles" en cascade sont très exagérées, amplifiées au niveau des bronches.

note 2
La réaction allergique exagérée, qui sera à l'origine de beaucoup de cas d'asthme bronchique, commence par l'activation des mastocytes par la présence d'un complexe antigène - immunoglobuline ; les mastocytes libèrent rapidement de l'histamine et des leucotriènes qui vont provoquer une constriction des bronches, une sécrétion anormale de mucus, et de plus attirer d'autres cellules (lymphocytes) qui vont faire perdurer cette réaction "anormale".

note 3
Les leucotriènes sont des médiateurs chimiques naturels sécrétés surtout par les cellules responsables de la défense de l'organisme : les cellules des revêtements muqueux, les monocytes, éosinophiles, basophiles, mastocytes, les lymphocytes et même les plaquettes sanguines.
La libération des leucotriènes au niveau bronchique provoque :
- une puissante constriction des bronches,
- une réaction inflammatoire locale avec augmentation de la perméabilité des vaisseaux sanguins (provoquant un début d’œdème) et favorisant le recrutement des éosinophiles vers les voies aériennes,
- une augmentation de la sécrétion du mucus bronchique,
- une augmentation de la puissance des muscles lisses des bronches
L'action des leucotriènes, destinée à l'origine à protéger les poumons contre une agression extérieure, aggrave considérablement la crise d'asthme.



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