PHYTO MAGAZINE le magazine de Phytomania

N° 3

Dans ce magazine :

Algues marines toxiques : un nouveau problème de santé publique

Une plante décorative et aromatique d'Amérique du Sud : la verveine citronnée

Evaluation des effets thérapeutiques d'une plante médicinale à travers Internet et la télévision

Petites annonces des producteurs de plantes médicinales et de phytomédicaments


Sommaire n° 3



ALGUES MARINES TOXIQUES, PLANCTON ET PHYCOTOXINES :
UN NOUVEAU PROBLEME DE SANTE PUBLIQUE

 

Quand on pense algues marines ou phytoplancton marin, on évoque les champs de laminaires, les compléments alimentaires gélifiants, la cuisine asiatique, les produits cosmétiques, la survie de l'humanité, ou les vols humains interplanétaires avec les Chlorella, les Scenedesmus et les Spirulina, mais pas les toxines neurologiques ou les catastrophes écologiques.
Pourtant depuis une vingtaine d'années, les épisodes de "marées rouges", d'efflorescences phytoplanctoniques, sont de plus en plus fréquents, s'accompagnant assez souvent de problèmes de santé publique liés à la consommation des fruits de mer, quand on n'assiste pas à de forte mortalité de poissons ou d'oiseaux marins.
Aucune zone marine n'est épargnée, on peut observer ces marées rouges aussi bien près de l'équateur que des pôles, le plus souvent dans les zones côtières, mais parfois aussi en haute mer.

ORIGINE DU PHENOMENE "EAUX ROUGES"

Les algues marines du plancton sont des végétaux chlorophylliens qui utilisent, comme toutes les plantes, l'énergie du soleil pour fixer le dioxyde de carbone, et puisent dans le milieu où ils vivent les sels minéraux (nitrates et phosphates) pour "fabriquer"de la matière organique et se multiplier.
Quand les conditions sont favorables, température adéquate + ensoleillement + concentration optimale des sels nutritifs, la croissance des algues planctoniques évolue de façon logarithmique. C'est une véritable "explosion", une efflorescence ; assez rapidement le métabolisme de ces micro-algues semble évoluer et leur permet d'utiliser directement les substances organiques dissoutes ce qui accélère encore leur vitesse de croissance.
La mer perd sa transparence, change de couleur (vert-jaune, orangé et parfois rouge ou violet). Des bactéries plus ou moins saprophytes bénéficient de ces conditions pour proliférer dans l'environnement des algues. Dans les régions tempérées, la période optimale pour l'apparition des eaux rouges se situe à la fin du printemps et au début de l'hiver ; dans les régions tropicales, à la fin de la saison des pluies.
Les spécialistes de ces phénomènes expliquent l'augmentation des eaux rouges par le changement climatique et l'augmentation très importante de l'apport en substances nutritives dans les eaux côtières (engrais agricoles, eaux des stations d'épuration, lessivage des surfaces déboisées, augmentation de la population côtière au niveau mondial (55% des humains vivent maintenant sur le littoral)

TOXICITE DES EAUX ROUGES

La prolifération des algues s'accompagne d'une baisse de l'oxygène dissous et les algues recouvrent les branchies des animaux marins, provocant l'asphyxie des poisson,s et surtout elles sécrètent (excrètent) de PUISSANTES TOXINES.
Les coquillages qui se nourrissent en filtrant l'eau de mer accumulent ces toxines dans leur chair ou leur glandes digestives, sans en être incommodés (cela dépend du type d'algue). Certains petits poissons (anchois, sardines), ou crustacés (crabes) font de même.

LES DIFFERENTS TYPES D'INTOXICATION

Selon leurs effets sur le consommateur, on distingue plusieurs familles de phycotoxines s'accumulant dans les mollusques.

- TOXINES DIARRHEIQUES

(DSP - Diarrheic Shellfish Poisoning)
Les espèces responsables sont des Dinophycées (intermédiaires entre des algues et des protozoaires) des principaux genres Dinophysis, Gonyaulax, Prorocentrum . Les symptômes d’intoxication apparaissent entre 30 minutes et 12 heures après consommation des coquillages contaminés (en moins de 4 heures dans 70 % des cas). Les toxines (l'acide okadaique et ses dérivés), modifient la perméabilité des vaisseaux du tube digestif et provoquent ainsi des gastro-entérites qui se traduisent par des diarrhées, des vomissements et des douleurs abdominales. Les douleurs durent environ trois jours. Aucune mortalité humaine n’a été rapportée jusqu'à présent.

- TOXINES PARALYTIQUES

(PSP - Paralytic Shellfish Poisoning) : Principales espèces responsables : Dinophycés des genres Alexandrium (Gonyaulax ou Protogonyaulax), Gymnodinium;
Les symptômes d'intoxication apparaissent entre 5 et 30minutes après ingestion de bivalves contaminés. Ils se traduisent par des paralysies buccales, des engourdissements des lèvres s'étendant au visage, aux bras et aux jambes, des céphalées, des nausées et des vertiges. Dans les cas les plus graves, on observe une incoordination motrice et une incohérence de la parole. Il y a risque de décès par paralysie des muscles respiratoires.

- TOXINES AMNESIANTES

(ASP : Amnesic Shellfish Poisoning)
Le phénomène est récent et du à des diatomées planctoniques très délicates du genre Pseudo-nitzschia. C'est assez remarquable car les diatomées sont des micro-algues normalement exemptes de substances toxiques.
Les premiers symptômes sont digestifs (vomissements, diarrhées, nausées). Ils surviennent dans un délai de 2 à 24 heures après consommation des mollusques contaminées. Plus tard (24 et 48 heures), ce sont des symptômes neurologiques qui sont observés (maux de tête persistants, désorientation et confusion). Quand l'intoxication est importante, on observe des signes neurologiques inquiétants : convulsions, coma qui peut être mortel.
La toxine (acide domoïque) peut s'accumuler dans les anchois et provoquer une mortalité chez les oiseaux marins qui s'en nourrissent.
Ces trois types d'intoxication par les mollusques sont les plus courants mais la liste mondiale des phycotoxines n'a cessé d'augmenter, ainsi que la liste des espèces d'algues responsables de ce type d'intoxication. Certains chercheurs pensent que les bactéries associés aux algues auraient un rôle important dans la genèse des toxines.
La mondialisation de ces phénomènes est probablement due au transport des algues à l'intérieur des eaux de ballast des navires marchands, ainsi qu'aux nombreux transports intercontinentaux d’huîtres, de moules et d'autres mollusques cultivés industriellement.

CONDUITE A TENIR

Il n'existe pas de traitement spécifique pour ces intoxications ; le traitement est purement symptomatique et vise à réhydrater, à éviter les déséquilibres ioniques, à calmer la diarrhée ou les vomissements, les crampes ou les douleurs digestives.
Les autorités sanitaires essaient de contrôler la situation : surveillance du plancton, recherche des toxines dans les mollusques en cas de doute, avis aux populations littorales et interdiction de consommer ou de vendre les coquillages à certaines périodes.
Si l’on pêche des coquillages dans une zone où la mer n’a pas son apparence habituelle, il est prudent de se renseigner auprès des autorités locales.
En France toutes les zones côtières peuvent être touchées par ces phénomènes (surtout le sud de la Bretagne, le bassin d'Arcachon, les étangs languedociens).
Dans les mers où le corail est abondant, certains poissons peuvent provoquer une intoxication assez sérieuse, la ciguatera. Les troubles neurologiques typiques de la ciguatera sont voisins des intoxications décrites plus haut ; le ou les agents en cause sont également des microalgues Dinophycés.

Qui sommes nous ? | Contact | ©2007 PHYTOMANIA
Tweet Suivre @phytomania