PHYTO MAGAZINE le magazine de Phytomania

NUMERO 8

Dans ce magazine :

Stevia, l'herbe sucrée du Paraguay

Epistaxis, saignement de nez et plantes médicinales

Le mancenillier et le palétuvier aveuglant

Sommaire Numero 8





LE MANCENILLIER, HIPPOMANE MANCENILLA, ET LE PALETUVIER AVEUGLANT, EXCOECARIA AGALLOCHA

Ces deux arbres tropicaux au latex toxique et corrosif, se rencontrent aux abords de certaines plages tropicales ; des gardiens du jardin d'Eden en quelque sorte. Le mancenillier, Hippomane mancenilla, est originaire de la région Caraïbes : Antilles, cote Nord de l'Amérique du sud, Amérique centrale, Mexique et Grandes Antilles. Le palétuvier aveuglant, Excoecaria agallocha, est présent dans le Pacifique sud-ouest (notamment en Nouvelle-Calédonie) , l'Australie et la région Indo-Malaise.
Tous deux font partie des Euphorbiaceae, poussent sur le littoral, y compris dans les zones arides, au sol caillouteux ou au contraire humide et marécageux, mais toujours près de la mer.

Le MANCENILLLIER est un arbre typique et commun du littoral des Antilles, pouvant atteindre 15-20 m, au tronc grisâtre et aux feuilles luisantes ; ses fruits, qui jonchent souvent le sol, ressemblent à de petites pommes vertes et en possèdent l'odeur aldéhydique de pomme reinette. Près de certaines plages les mancenilliers sont prédominants, poussant en taillis.

Le PALETUVIER AVEUGLANT de l'Océan Pacifique et de l'Océan Indien est un arbre de taille moyenne, au tronc tordu et au feuillage virant au rouge quand il se fane. Les arbres sont mâles ou femelles et possèdent donc des inflorescences très différentes qui au premier coup d’œil pourrait faire douter qu'il s'agisse de la même espèce. Excoecaria agallocha se développe toujours assez près du littoral marin et souvent au milieu des rochers ou des pierres, isolé ou en petit groupe.

LA SEVE (LATEX) DE CES DEUX ARBRES EST REDOUTABLE : CAUSTIQUE ET TRES TOXIQUE. Néanmoins, les pharmacologues ont isolé des substances intéressantes à partir de ces deux euphorbiacées.

LE MANCENILLIER DES ANTILLES : HIPPOMANE MANCINELLA

Dans les Caraïbes, il est classique d'évoquer " l'ombre mortelle du mancenillier" et les Antillais préviennent toujours les nouveaux arrivants du risque qu'il y a à se réfugier sous un mancenillier en cas de pluie.
D'ailleurs les mancenilliers ont été quasiment tous coupés près des plages touristiques ou alors ont leur tronc cerclé d'une bande rouge pour bien les distinguer.
Le contact cutané avec la sève de cet arbre provoque en quelques heures une dermite inflammatoire avec apparition d'ulcérations cutanées.
Le latex de mancenillier dans l’œil est une expérience très douloureuse et qui nécessite des soins immédiats : lavage oculaire, collyre anti-inflammatoire.
Quand on brûle du mancenillier la fumée est également très irritante pour les yeux et la muqueuse respiratoire.
Le pire étant bien sur de croquer dans cette petite pomme au goût un peu sucré et à l'odeur de reinette : en quelques secondes ou minutes on ressent une sensation de brûlure buccale et surtout pharyngée avec très rapidement une quasi-impossibilité à déglutir car l’œdème est important et la douleur intense. Ces symptômes douloureux et l'inflammation de la gorge persistent 6 à 12 heures dans le meilleur des cas et sont atténués quand on arrive à boire du lait ou une boisson lactée.
On rapporte que les Indiens "Caraïbes" enduisaient certaines de leurs flèches de guerre avec le latex du mancenillier et de son cousin végétal Hura crepitans. Ces pointes de flèches empoisonnées en bois dur étaient découpées de façon à se rompre et persister dans le corps de l'ennemi provoquant la mort en quelques jours.
Les substances irritantes sont retrouvées à la fois dans les fractions hydrophobes et hydrosolubles.
Les composants hydrophobes sont des diterpènes de structure tigliane et daphnane qui deviennent irritants après activation (estérification) ; ils sont de toutes façons beaucoup moins caustiques que les composés hydrosolubles également de structure tigliane et daphnane.
Le facteur irritant hydrosoluble de type daphnane est très voisin de l'huratoxine extrait d'Hura crepitans. Ce composé irritant et caustique est de plus une substance potentiellement cancérigène (qui favorise l'apparition de cancer) à la manière du TPA utilisé par les chercheurs en cancérologie pour provoquer rapidement des cancers cutanés chez la souris.


EXCOECARIA AGALLOCHA : LE PALETUVIER AVEUGLANT

Cet arbre possède une plus vaste répartition géographique que le mancenillier mais semble heureusement moins dangereux : ses fruits n'ont pas une apparence comestible et son latex n'est pas aussi agressif.
D'ailleurs le latex d'excoecaria a été utilisé par les Aborigènes d'Australie pour soigner des troubles cutanées et certaines inflammations oculaires. Peut-être une façon de soigner le mal par le mal, mais certainement pas une thérapeutique à encourager.
La sève - latex de cet arbre est un poison de pêche traditionnellement utilisé pour "endormir" les poissons de coraux et les capturer plus facilement.
On rapporte également que certains indigènes de Papouasie Nouvelle-Guinée utilisaient probablement ce latex toxique pour empoisonner leurs flèches de guerre à la manière des Indiens Caraïbes avec le mancenillier.
Le latex d'excoecaria agallocha contient des diterpènes complexes dont la structure est principalement de type daphnane. Ce sont des molécules qui deviennent irritantes, vésicantes et caustiques après une transformation chimique (estérification) d'où leur qualificatif de "cryptic irritants" par les Anglo-saxons (1).
Les extraits d'excoecaria agallocha sont beaucoup plus étudiés que ceux du mancenillier car certains composants de la sève de cet arbre possèdent des propriétés fort intéressantes : prévention de la transformation cancéreuse (2, 3), action antivirale notamment sur le virus du Sida (HIV)(4)


Notes

1 - Planta Med. 1994 Aug;60(4):351-5. Cryptic and free skin irritants of the daphnane and tigliane types in latex of Excoecaria agallocha. Karalai C, Wiriyachitra P, Opferkuch HJ, Hecker E. Department of Chemistry, Faculty of Science, Prince of Songkla University, Hat-Yai, Thailand.
2 - Biol Pharm Bull 1998 Sep;21(9):993-6 Anti-tumor-promoting activity of diterpenes from Excoecaria agallocha. Konishi T, Takasaki M, Tokuda H, Kiyosawa S, Konoshima T Kyoto Pharmaceutical University, Japan.
3 - Biol Pharm Bull. 2001 Dec;24(12):1440-2. Anti-tumor-promoting activity of the diterpene from Excoecaria agallocha. II. Konoshima T, Konishi T, Takasaki M, Yamazoe K, Tokuda H. Kyoto Pharmaceutical University, Japan.
4 - J Nat Prod. 1995 May;58(5):769-72. A novel phorbol ester from Excoecaria agallocha. Erickson KL; Beutler JA; Cardellina JH 2nd; McMahon JB; Newman DJ; Boyd MR; Laboratory of Drug Discovery Research and Development, National; Cancer Institute, NCI-FCRDC, Maryland 21702-1201, USA.

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